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Acclamations, applaudissements, rires et joies, l'assemblée est en délire. Olivia est heureuse : son spectacle de danse est un franc succès. Elle et sa compagnie vont pouvoir faire une nouvelle représentation, ils ont réuni assez de fonds. Olivia est une grande et jolie jeune fille. Sa chevelure est couleur du blé et ses yeux couleur du ciel. Son élégance est irréprochable. Elle a une telle maîtrise de ses mouvements qu'elle enchante, qu'elle émerveille le public par ses pas. Ce soir, elle est fatiguée. A peine est-elle changée qu'elle prend congé de ses condisciples de scène. Elle sort du bâtiment, rentre dans sa voiture et emprunte le chemin menant à sa villa. Elle pense à son ami et à son chien qui l'attendent dans l'immense et moderne demeure bâtie sur une colline au flanc de la falaise. En dessous se tient la mer, grande dame bleue et infinie. Elle allume la radio pour essayer de se tenir éveillée. Il faut dire que dans la région, le réseau routier n'est pas très éclairé. Elle écoute les paroles chantées par un Renaud enroué : « Putain c'est trop con, ce putain d'camion. Mais qu'est c'qui foutait là… » Destin surprenant, car c'est à cet instant précis qu'Olivia s'endort au volant. Rapidement réveillée par les coups de klaxon d'un poids lourd, par un réflexe un peu naïf, elle dévie complètement de sa trajectoire et s'enfonce dans les prés bordant la nationale. Elle tente de freiner, d'arrêter le bolide par n'importe quel moyen. Mais après un temps interminable, et dans un boucan insupportable, la voiture percute un haut platane un peu nu. L'auto écrasée, les coussins protecteurs gonflés, Olivia est un peu sonnée. Elle a quelques égratignures mais elle est vivante.
Après quelque temps de réflexion, elle se met en marche vers la ville la plus proche. La cité se situe à quelques kilomètres. Alors elle marche, et marche encore. Elle essaye de rester sur la route, le ciel est d'un noir profond, il n'y a pas de lune et la visibilité est presque nulle. Olivia attend avec impatience l'arrivée d'une voiture. Mais étrangement, aucune ne vient, alors que c'est un axe routier à grande affluence. Il est peut-être trop tard, les gens dorment. Elle pense à Eric et à Ronny, son chien, qui l'attendent avec impatience, bien au chaud. Elle continue sa marche dans les ténèbres. Elle est éreintée, elle grelotte, elle veut s'arrêter… quand tout à coup une lueur d'espoir revient à elle, les lumières de la ville éclairent dans la nuit : elle approche. Sa première idée est de trouver le commissariat de police afin de signaler l'accident. Elle accélère le pas mais stoppe net sa course au moment où elle croise le panneau indiquant le nom de la ville. Il est marqué : « Neverland – Nombre d'habitants : 0 ». Elle se dit que cela doit être une farce, il n'y a jamais eu une ville de ce nom dans ce coin du pays et certainement pas une ville dans laquelle personne n'habite. Elle repense aux légendes dans le Texas, les histoires sur ces prétendues villes fantômes. Elle se remet en marche et oublie cette idée saugrenue et se met en quête du poste de police. Elle épie le moindre panneau indicateur, dans la pénombre ce n'est pas toujours facile. Il n'y a pas l'âme qui vive dans les rues à cette heure. Elle commence tout doucement à s'inquiéter. D'un pas rapide, Olivia parcourt une grande partie de la ville, cherchant rue après rue, une personne, une voiture, un animal, une lumière, un gendarme… Rien ! Elle est seule. Elle prend quelques secondes pour écouter, et à nouveau il n'y a rien. C'est le silence complet. Un silence lourd, un silence qui sent le désastre, un silence qui fait peur. Même le vent ne fait pas de bruits, il passe entre les maisons, sans un souffle, sans émettre le moindre son. Les routes sont jonchées de divers papiers, emballages, bouteilles… Certaines automobiles sont abandonnées, portières ouvertes, en plein milieu de la chaussée… Tous les volets sont clos, toutes les vitrines sont éteintes… C'est le vide, la mort. Olivia s'assied par terre et réfléchit. Que se passe-t-il ? Où est-elle ? Et elle se met à pleurer doucement, sans faire de bruits, de peur de réveiller la cité.
Aaaaaaahhh! Olivia sursaute. Un cri strident vient de déchirer ce silence, un cri de douleur. Quelqu'un est à l'agonie. Quelqu'un souffre. Une multitude de questions lui vient soudainement à l'esprit. Doit-elle se diriger vers ce dernier soupçon de vie ? Doit-elle courir et ne jamais revenir ? Doit-elle crier à son tour ? Aaaaaaahh ! Un second cri, encore plus profond, plainte qui perce, qui pince le cœur. Elle n'en peut plus, elle court en direction des cris, droit sur le danger. Son cœur bat à toute allure, elle est essoufflée, elle dégouline de sueur… Puis impossible de continuer, la douleur la prend par surprise, elle s'étale sur le sol sans plus pouvoir bouger. Elle reste étendue ainsi sur le dos pendant trois longues minutes. Derrière elle, Olivia entend des portes s'ouvrir puis se refermer, des poubelles métalliques se renverser, des murmures s'évanouir au loin… Elle aperçoit également quelques ombres se faufiler parmi les murs de la ville. Mais Olivia n'est pas au bout de ses souffrances. Comme si ce n'était pas suffisant, des flashs aveuglants, des éclairs rouges cognent dans son cerveau, la forçant à fermer les yeux. Une sirène lointaine les accompagne… Avec le reste de conscience qui lui reste, elle en déduit que l'ambulance ou la police ne doit pas être loin. Alors elle crie de toutes ses forces, elle crie jusqu'à épuisement. Mais angoissée, elle s'arrête bien vite. Les ombres se rapprochent d'elle. Elle essaye de bouger, mais rien n'y fait, elle est comme paralysée. Les silhouettes floues sont maintenant si proches qu'elle peut presque les palper. Une nouvelle douleur lui prend au bras. Sans qu'elle n'ait rien fait, celui-ci se lève et flotte dans l'air. Une autre douleur lui prend l'autre bras, qui quelques secondes plus tard se met également à flotter. Puis la jambe droite, puis la jambe gauche, puis tout son corps… Elle est surélevée du sol, elle se sent légère. Quel est ce prodige ? Elle n'a même pas le temps d'y réfléchir que déjà elle retombe de tout son poids sur le sol dur. Elle peut à présent bouger tous ses membres. Elle voit les ombres s'éloigner et sans savoir pourquoi elle leur dit merci.
Olivia erre dans cette ville déserte depuis déjà quelques heures, sans savoir vraiment ce qu'elle cherche. La solution vient finalement à elle : une voiture garée sur le trottoir est restée ouverte, les clés sur le contact. Instinctivement, elle lève les yeux et regarde tout autour d'elle pour voir si personne ne l'observe. Elle secoue la tête comme pour dire que c'est complètement idiot. Elle monte dans la superbe Cadillac coupée, allume le moteur, puis démarre le bolide. Elle a bien crû un moment que ça ne pourrait pas marcher, tout est tellement mort dans cette ville. La voici maintenant au volant d'une voiture qui ne lui appartient pas, dans une ville qu'elle ne connaît pas, sur une route qui ne mène nulle part, en tout cas telle est son impression. Le chemin asphalté monte légèrement en altitude. Soudain, Olivia n'en croit pas ses yeux… Elle stoppe le véhicule, ouvre la portière, sort de la voiture et observe l'horizon : le soleil se lève, grimpe haut dans le ciel, et cela en quelques minutes. La jeune fille, bouche ouverte, regarde ce gigantesque astre progresser en hauteur, puis grossir, s'élargir jusqu'à l'éblouir, puis diminuer jusqu'à ne plus être qu'une petite étoile brillante dans la nuit. Malgré le surnaturel de la situation, elle finit par reprendre la route ne sachant pas vraiment où aller.
Environ une demi-heure plus tard, la route redescend la crête pour finalement longer la mer… C'est incroyable, elle reconnaît le chemin, elle retourne chez elle, elle voit même sa propriété… Elle entre à toute allure dans l'allée de graviers, la barrière étant ouverte. A peine le moteur arrêté qu'elle se précipite à l'intérieur de la maison. Elle appelle son ami, puis son chien. C'était trop beau que pour être vrai, seul le silence lui répond : elle est bien seule au monde.
- Non, tu n'es pas toute seule… dit un vieillard aux longs cheveux blancs assis dans le divan poussiéreux du salon. Qui crains-tu ?
- J'ai peur de tout, de ces ombres qui me suivent, de ce silence, de ce soleil, de cette ville… Comment puis-je arrêter ce cauchemar ? Savez-vous me répondre ? explique Olivia, à peine étonnée de voir un inconnu. Vous êtes la première forme de vie que je rencontre depuis mon accident, que se passe-t-il ? ajoute-t-elle.
- Une question à la fois ma petite. Toi seule peut y répondre à toutes, toi seule est coupable de ce qui se passe. Je suis le seul qui veuille t'aider dans ce bas monde, alors prend ce talisman et ferme les yeux… laisse entrer la lumière dans ton cœur, laisse la vie revenir à toi…
Olivia prend cette pierre brune aux multiples couleurs et ferme les yeux, comme l'a dit le vieux fou. Des rayons de lumières traversent ses paupières blessant la rétine de ses yeux. Sa tête tourne, tourne… Puis c'est le vide, mais le vide blanc. Elle est allongée, toute en blanc, sur un lit blanc…
- Olivia, Olivia, réveille-toi ! Olivia revient…
- Quoi… Mmm… Qui êtes-vous ?
- C'est moi, Eric. Tu me reconnais ?
- Eric ! Oh mon chéri, enfin je te retrouve. Je t'ai tant cherché…
- Qu'est-ce que tu racontes. Tu as fait un accident, l'ambulance t'a emportée ici. Je suis tout de suite venu à tes côtés, je ne t'ai jamais quitté…
- Je ne comprends pas. Un cauchemar, j'ai fais un cauchemar ! ! Je suis si heureuse. J'en rigole, mais c'était affreux.
- Tu as reçu de la visite ce matin, un vieux bonhomme tout petit. Il m'a demandé de te remettre cette chose.
- Qu'est-ce ?
- Je ne sais pas, une sorte de pierre brune pleine de couleurs…
- Aaaaaahhh ! !

J'espère que vous appréciez cette histoire.

A bientôt pour la suite de cette aventure !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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