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Dans le noir, un œil grand ouvert surveillait attentivement un affichage lumineux placé à une trentaine de centimètres à peine. Il s'agissait d'une suite de quatre chiffres rouges. Le premier était un 0, venait ensuite un 5, suivi d'un autre 5 et enfin un 9. Entre les deux premiers chiffres et les deux derniers, un double-points. Cela donnait exactement 05:59.
Quelques secondes encore et cet affichage changea en 06:00. Instantanément, une vibration sonore stridente et saccadée se fit entendre : le réveil sonnait.
De dessous les couvertures, une main tâtonna et appuya sur un bouton dont l'effet fut de rétablir le silence si désagréablement interrompu.
Ensuite, l'homme se retourna dans son lit et chercha de sa main sa compagne à côté de lui. Mais sa main ne trouva rien. La main insista : toujours rien.
Encore mal réveillé, l'homme, qui s'appelait Sam, pensa que son épouse s'était déjà levée, comme c'était très souvent le cas. Il écouta quelques instants les bruits familiers de la maison. Mais il n'entendit pas grand chose, sauf le vent qui soufflait dehors ainsi que quelques craquements du bois qui travaillait.
Alors, enfin, il se leva. A ce moment, le réveil sonna de nouveau : il ne l'avait pas vraiment coupé, il l'avait mis en mode veille, et dans ce cas il sonnait automatiquement toutes les 5 minutes. Il l'arrêta définitivement et descendit dans la cuisine.
La table avait était dressée pour le petit-déjeuner la veille au soir, comme chaque jour. Le café était fait dans le percolateur programmé par horloge.
Dans son panier, le chien ne bougea même pas lorsque Sam passa près de lui pour s'installer à table. Il se servit une tasse de café brûlant, alluma la radio et prit son repas en écoutant les infos.
Son repas terminé, il n'avait toujours pas vu Frédérique, son épouse. Il monta à l'étage pensant la trouver dans la salle de bain. Il frappa à la porte et demanda :
- Chérie, tu es là ?
Pas de réponse. Il ouvrit la porte. Personne. Serait-elle déjà dans la chambre ? Il vérifia. Là non plus, personne.
Cette fois, il commença à s'inquiéter. Il s'habilla en vitesse sans faire sa toilette, descendit au garage et constata que les deux voitures étaient bien à leurs places : la sienne, un break diesel, et celle de Frédérique, un petit coupé jaune.
Mais alors ?
Retour à la cuisine.
Le chien n'avait toujours pas bougé. Etonnant. Sam appela le chien, qui ne réagit pas. Prenant la laisse en main, il se pencha sur l'animal pour la lui attacher à son collier, dans l'intention de sortir promener son compagnon à quatre pattes. Au contact avec le chien, il se figea et un frisson d'horreur lui parcouru tout le corps. L'animal était raide.
Il le prit en main, et il faillit hurler d'effroi : c'était un chien en peluche !
Pendant quelques minutes, il resta sans réaction, à regarder ce chien en peluche. Il ne comprenait rien à cette situation, et pourtant il avait une impression de déjà vu.
Alors, enfin, il reprit ses esprits. Prenant son téléphone, il chercha dans le répertoire le numéro du portable de son épouse. Il appela. Après un instant, une voix enregistrée lui signala : « Le numéro que vous avez composé n'est pas attribué. »
Pourtant, ce numéro était programmé, il ne pouvait pas avoir fait d'erreur en le composant. Il réessaya. Même message d'erreur.
De plus en plus angoissé par cette situation qu'il ne comprenait pas, il décida de se rendre chez ses beaux-parents, qui habitaient deux rues plus loin. Il ne prit pas la peine de sortir la voiture, et s'y rendit en courant comme un fou. La maison qu'il cherchait était au numéro 31. Arrivé devant la maison portant le numéro 27, il ralentit. Il passa en marchant le numéro 29, et il eut un nouveau choc. Il n'y avait pas de maison au numéro 31. C'était un terrain à vendre.
Hébété, il rentra chez lui en titubant.
Que faire face à une telle situation ? Pendant quelques minutes, il crut qu'il allait devenir fou ! Il tourna en rond un peu partout dans la maison, cherchant un indice, une explication à tout cela. Il avait besoin d'aide, mais à qui se confier ?
Soudain, il décida d'aller signaler la disparition de sa femme à la police. Il sortit immédiatement la voiture et se rendit au commissariat du quartier.
L'officier de garde le regarda venir avec un air de méfiance.
- Bonjour monsieur. Que puis-je faire pour vous ?
- Je suis venu vous signaler la disparition de ma femme.
- Disparue depuis longtemps ?
- Ce matin.
- Vous avez essayé de l'appeler sur son portable ?
- Oui, mais elle ne répond pas, mentit-il.
- Et chez ses parents ?
- Ils sont partis en vacances, mentit-il une seconde fois.
- Hm ! Vous avez une photo récente de votre femme ?
- Oui, bien sûr, répondit Sam. Attendez.
Sortant son portefeuille de sa poche, il fouilla quelques instants et tendit une photo au format identité à l'agent. Celui-ci regarda la photo sans sourciller, ne fit aucun commentaire et l'annexa au rapport de police avec une attache-trombone.
Ensuite, il expliqua que la procédure suivrait son court et prit congé de Sam.
Ce dernier rentra chez lui et recommença à tourner en rond dans la cuisine.
Au commissariat, le policier emporta le dossier chez son chef de service et le lui tendit en disant :
- « Il » est encore venu ce matin.
- Quoi ? Encore ? Mais ce n'est plus possible !
- Je sais. C'est tous les lundis le même cinéma. On fait comme d'habitude ?
- Donnez-moi le dossier. Je m'en occupe.
Pendant ce temps, chez lui, Sam ne savait plus que faire pour occuper son esprit.
Il avait pourtant une étrange sensation. Quelque chose lui échappait dans ce qui lui arrivait, mais il ne parvenait pas à déterminer quoi.
Déjà au commissariat, il avait eut la désagréable impression qu'on lui cachait quelque chose d'important. Comme si là-bas, ils savaient exactement où était son épouse.
Soudain, il eut envie de regarder les photos de son mariage. Il ouvrit un tiroir et sortit un album à la couverture en velours. Il ouvrit le précieux album et… resta bouche bée et les yeux ronds de stupeur.
Toutes les pages de son album de mariage étaient blanches. Aucune photo !
Cette fois, c'était trop. Il fouilla la maison à la recherche d'une trace quelconque de son épouse, mais s'il y avait bien ses vêtements dans la garde-robe, sa voiture dans le garage, et quelques autres détails rassurants un peu partout dans la maison, il n'y avait en revanche aucune preuve de l'existence même de Frédérique.
Pendant ce temps, dans son bureau, le chef du commissariat de police, qui avait devant lui le dossier ouvert concernant la disparition, composait un numéro sur le clavier de son téléphone. Après quelques sonneries, il eut son correspondant :
- Allô, docteur Schuman ? Oui, c'est le capitaine Durieux à l'appareil. Dites, notre client du lundi est encore venu ce matin. Il faut faire quelque chose mon vieux.
- Très bien, fut la réponse. Je vais directement chez lui.
Ils raccrochèrent en même temps.
Avant de refermer le dossier, le capitaine jeta un dernier coup d'œil à la photo annexée. C'était une photo découpée dans une revue, représentant une très belle jeune femme, qui fut une actrice de cinéma autrefois connue et décédée depuis plusieurs années. Elle n'avait jamais été mariée.
Une demi-heure plus tard, la sonnette de la porte d ‘entrée de Sam se fit entendre.
Il alla ouvrir, et reconnu immédiatement le docteur Schuman.
- Ah, bonjour cher ami, dit-il en le laissant entrer. Que puis-je pour vous ?
- Je suis venu au sujet de la disparition de votre épouse.
- Ah, vous savez déjà. Les nouvelles vont vite dans ce petit village !
- Nous devons avoir une conversation tous les deux à ce propos.
- A propos de quoi ?
- Mais de cette disparition, évidemment !
- Ah ! Evidemment. Mais venez, asseyez-vous donc dans un fauteuil. Vous prendrez bien quelque chose à boire ?
- Merci.
Et pendant près d'une heure, ils discutèrent ensemble de Sam, de sa vie, de son histoire personnelle, de sa femme.
C'est ainsi que Sam découvrit qu'il n'avait jamais été marié !
En fait, depuis très longtemps, il s'était créé son propre univers. Il ne le savait pas, mais il était en traitement psychiatrique à domicile suite à un terrible accident de voiture.
Et soudain, il se rappela de tout.
L'accident n'était pas un accident, mais une tentative de suicide.
La raison, c'est que jamais aucune femme ne s'était intéressée à lui. Les rares qu'il ait rencontrées s'était moquées de lui ou pire, elles s'étaient servies de lui pour rencontrer l'un ou l'autre de ses amis. Et tous ceux-ci étaient aujourd'hui mariés et père de famille.
Un jour, il avait craqué. Sa vie n'avait aucun sens.
Il était monté dans sa voiture, avait choisi une route particulièrement dangereuse et avait roulé à toute vitesse, jusqu'à un virage dont il savait qu'un mur se trouvait juste en face à la sortie. Tout droit. Mais les voitures aujourd'hui protègent bien leurs passagers, et il en était sorti vivant.
Et depuis, il s'était créé de toute pièce une vie comme s'il était effectivement marié. C'était sa façon de survivre.
Lorsque le docteur Schuman sortit, Sam était parfaitement conscient de sa situation.
Cette fois, il était guéri !
Il pouvait enfin vivre normalement sa vie.
Il passa une excellente semaine, fit des projets, et ne pensa plus à son passé si terrible. A quoi bon ?
Le week-end, comme il faisait un temps superbe, il alla à la plage pour en profiter. Quel bonheur de se prélasser sans soucis sur le sable en se laissant dorer au soleil !
Le lundi matin suivant, quand le réveil sonna à très exactement 6 heures, Sam chercha partout après son épouse. Elle avait disparu !

J'espère que vous avez apprécié cette histoire autant qu'Etienne en a eu à l'écrire.
A bientôt, pour de nouvelles aventures !


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